Tunis, Sidi Bou Saïd et Carthage : la magie tunisienne opère

Tunis

Nous débarquons à Tunis pour trois semaines, les yeux grands ouverts et une forte soif de découverte. Il faut dire que la Tunisie est devenue moins médiatisée ces dernières années, ce qui nous rend d’autant plus curieux. Après une révolution pacifiste en 2011 et une série d’attentats en 2015, les touristes européens ont déserté la région au profit d’autres destinations.

Une fois le ferry accosté à La Goulette, le port de Tunis, nous nous dirigeons vers notre premier logement : une chambre chez l’habitant dans une maison traditionnelle de la médina.

Malgré sa cour intérieure charmante, son emplacement idéal et ses avis parfaits en ligne, la maison n’a reçu que quelques visiteurs au cours de l’année écoulée, selon les propriétaires. Ce sera une constante tout au long de notre séjour en Tunisie, d’autant plus que nous avons planifié notre voyage en pleine période de Ramadan, lorsque le tourisme est au plus bas.

Dans ce premier article sur la Tunisie, nous vous présenterons la capitale Tunis, ainsi que deux belles découvertes à proximité : le village de Sidi Bou Saïd et les ruines de Carthage.

Visite de Tunis et de sa médina

Tunis : visite guidée de la Médina à pied | GetYourGuide

Après une nuit réparatrice et un délicieux petit-déjeuner local, accompagnés de quelques conseils de nos hôtes, nous sommes prêts à explorer la vaste médina de Tunis. Nous découvrons rapidement que la médina présente deux visages distincts : une zone sud animée par les souks et une ambiance vivante, et une zone nord, calme et charmante autour de notre logement.

Prenons par exemple la rue du Pacha et la rue Dar El Jeld. Les façades y sont d’un blanc éclatant, les volets bleu azur, les portes ornées de symboles variés, et les jardins débordent de fleurs. Le silence est seulement interrompu de temps en temps par le bruit d’une mobylette ou le caquetage d’une poule.

Certaines ruelles sont moins impeccables, montrant les signes du temps et parfois négligées, mais cela n’altère en rien notre promenade. Nous croisons plusieurs petits musées et espaces culturels, comme la Maison de la Poésie. Les Tunisiens semblent profondément attachés à l’art, comme nous le constaterons à nouveau. Malheureusement, la plupart de ces lieux sont fermés le dimanche.

En nous rapprochant du centre de la médina, l’animation augmente. Le bout de la rue du Pacha est ponctué de jolis cafés.

Étant la veille de Ramadan, nous nous installons rapidement en terrasse. La serveuse nous recommande un thé à la menthe aux pignons, une découverte brillante. Bien que nous aimions déjà le thé à la menthe classique, les pignons ajoutent une touche nouvelle et délicieuse.

Nos interactions avec les Tunisiens sont particulièrement chaleureuses. Un homme âgé s’enquiert de notre bien-être, un jeune nous demande de lui envoyer de belles photos, et une mère avec sa fille secouent les branches d’un mûrier platane pour partager ses fruits avec nous. Un arbre aussi généreux qu’ingénieux !

Parmi les nombreuses mosquées de la médina, les plus majestueuses sont celles du centre, en particulier la mosquée Zitouna, dont le minaret nous sert souvent de repère. Bien que l’accès à la salle de prière soit réservé aux musulmans, nous pouvons nous promener dans son enceinte et admirer ses colonnades.

Nous admirons aussi les minarets des autres mosquées, notamment ceux de forme octogonale érigés durant la période ottomane, dotés d’un auvent pour protéger le muezzin de la pluie.

De la mosquée Zitouna à la porte Bab El Bhar s’étendent les souks, malheureusement fermés ce dimanche, tout comme les restaurants. En explorant, nous découvrons un stand de crêpes à l’omelette et une autre spécialité tunisienne : la harissa. Pssschhh, nos papilles s’embrasent au contact du piment !

Nous nous rendons ensuite à la place Bab Souika, où commence le Souk de l’Halfa, un marché alimentaire animé malgré le dimanche, les préparatifs pour le Ramadan sont évidents.

Attirés par les pâtisseries, nous tentons d’utiliser quelques mots appris au Maroc. – Choukran bizef ! (merci beaucoup) – Ah, non, ici on dit Chokran jazilan.

Une petite mise à jour de notre vocabulaire s’impose !

En soirée, nous visitons le quartier « français », développé sous le protectorat français. L’avenue Habib-Bourguiba, équivalent tunisien des Champs-Élysées, est bordée de larges espaces, de bâtiments élégants, de boutiques de grandes marques, d’un théâtre raffiné et même d’une cathédrale.

En sortant de la médina par la porte Bab El Bhar, nous changeons complètement d’univers.

Les autres rues de ce quartier ne sont pas aussi sophistiquées, mais tout aussi animées, notamment autour du Marché Central, un souk organisé en version carrée.

Nous dînons rue du Caire, recommandée par nos hôtes. Les restaurants y sont tenus par des Sfaxiens, réputés pour leur sérieux et leur efficacité. Nous essayons le Restaurant Le Caire, simple et abordable, où pour 13 dinars (3,90€), nous dégustons nos premières bricks à l’œuf et un autre plat, l’ojja, généreusement épicé à la harissa.

Une brick croustillante à savourer avec du citron pressé !

En retournant dans la médina de nuit, l’atmosphère est unique : quelques lanternes éclairent les sacs plastiques errants et les chats qui vagabondent. Une ambiance pleine de charme !

La ville de Tunis durant Ramadan

Visiter Tunis, Sidi Bou Saïd et Carthage : splendides !

Dix jours plus tard, de retour à Tunis après un périple dans le sud du pays, nous découvrons que Ramadan bat son plein.

Nous faisons d’abord face à des portes fermées. Les musées et les « dars », ces anciennes maisons transformées en lieux culturels, ont des horaires réduits ou sont parfois complètement fermés. Il est donc conseillé de téléphoner avant de se déplacer.

En revanche, les souks sont enfin ouverts et la médina s’anime. La médina est divisée en plusieurs souks spécialisés : on trouve des vendeurs de chapeaux, de babouches, de bijoux et d’herbes, parmi d’autres.

Petit conseil shopping : évitez les longues ruelles menant à la porte Bab el Bhar, surtout autour de cette porte, où les produits sont souvent d’origine chinoise. Pour des articles artisanaux locaux, dirigez-vous plutôt vers le centre de la médina.

Notre souk préféré reste celui des pâtisseries. Les arômes de miel et de fleur d’oranger se mêlent à une atmosphère joyeuse. Pour faire preuve de solidarité, nous essayons de simuler le jeûne, mais les vendeurs nous forcent gentiment à goûter leurs gâteaux. Nous repartons avec les papilles en fête, les doigts collants et un sac rempli de douceurs diverses.

En général, les commerçants de la médina sont détendus et non-intrusifs, sauf un qui nous lance : « Si vous voulez acheter chez moi, pas de problème ! ».

Autour de la mosquée Zitouna, certains établissements mettent en avant leurs terrasses avec vue, comme le Palais d’Orient ou le Groupement Artisanal. Le panorama sur les toits de Tunis est agréable. Aucune obligation d’achat ; les gérants vous invitent simplement à jeter un œil à leurs articles avant de partir.

Sinon, le café-terrasse El Bey est une excellente option pour prendre un thé avec vue (et des pignons, bien sûr !). Bien que l’endroit soit habituellement ouvert en journée, nous le découvrons de nuit, entourés de groupes de jeunes Tunisiens venus discuter et rire tard dans la soirée.

Les soirées de Ramadan dans la médina sont particulièrement animées. À l’approche du coucher du soleil, nous assistons à de grands préparatifs : des tables et chaises sont alignées dans les ruelles, des tapis sont déroulés et des fleurs sont suspendues là où, habituellement, il n’y a que des chats endormis.

La demi-heure avant le coucher du soleil est très particulière. La ville ralentit, les rues se vident, les pères jouent avec leurs enfants et les livreurs s’activent…

À dix minutes de l’appel du muezzin, l’activité reprend. Les passants se dirigent vers les restaurants, qui proposent des menus « spécial Ramadan » à des prix augmentés, et toutes les tables sont réservées plusieurs semaines à l’avance. Faute de réservation et d’inspiration, nous retournons au Restaurant Le Caire, recommandé par les Sfaxiens de la rue du Caire.

La rupture du jeûne se fait en famille ou entre amis, dans une ambiance joyeuse et rapide. En à peine quinze minutes, les repas sont dévorés et les rues de Tunis se remplissent de personnes buvant du thé à l’amande, fumant le narguilé, chantant et dansant au rythme des musiciens qui se produisent partout.

L’atmosphère festive de la médina est contagieuse. Il paraît que les soirées deviennent encore plus vivantes au cours de la deuxième moitié du mois sacré, une perspective intrigante !

Il est conseillé de ne pas montrer d’argent ou de signes de richesse pendant les soirées de Ramadan dans la médina, car certains pourraient profiter de l’agitation pour commettre des vols. Bien que nous n’ayons pas ressenti d’insécurité, il est prudent de rester vigilant.

Notre avis sur Tunis

Malgré les fermetures exceptionnelles qui ont limité nos visites, nous gardons un excellent souvenir de Tunis. La ville est fascinante, charmante et étonnamment calme pour une capitale, même en période de foule. Le patrimoine de la médina est remarquablement bien conservé, bien qu’il faille parfois faire abstraction des déchets dans les rues. Nous serions presque tentés de revenir juste pour savourer des heures de thé en terrasse, avec ou sans pignons. Nous recommandons de passer au moins un ou deux jours à Tunis, sans oublier de visiter Sidi Bou Saïd et Carthage.

Sidi Bou Saïd : Un village blanc et bleu surplombant la mer

Tourisme à Sidi Bou Said | Info Tunisie

Après notre escapade dans le sud, nous choisissons de passer une semaine dans la banlieue de Tunis, mais pas une banlieue quelconque : une banlieue élégante et raffinée. Nous trouvons un adorable appartement avec une terrasse fleurie, niché dans un quartier tout aussi verdoyant, parfaitement situé entre Sidi Bou Saïd et Carthage, deux des destinations les plus prisées de Tunisie.

À seulement dix minutes à pied, nous découvrons le centre de Sidi Bou Saïd. Ce village ressemble à un jardin luxuriant, un véritable mélange de palmiers, pins, ifs, citronniers et bougainvilliers aux couleurs vibrantes. Le parfum enivrant du jasmin emplit certaines ruelles, ajoutant une touche d’exquise à l’atmosphère.

Les maisons, toutes plus charmantes les unes que les autres, arborent un style méditerranéen raffiné, avec leurs persiennes typiques et leurs façades immaculées.

Mais ce n’est pas tout : Sidi Bou Saïd offre également des vues spectaculaires sur une mer dont la couleur oscille entre le turquoise éclatant et un bleu presque givré.

Nous réalisons rapidement qu’il est préférable de découvrir Sidi Bou Saïd tôt le matin. Bien qu’il y ait relativement peu de touristes en Tunisie, le centre du village est assez petit et se transforme en une véritable ruche de selfies à partir de 10h, lorsque les groupes de touristes arrivent en car. La tranquillité revient progressivement vers 17h.

Carthage : La fierté antique de la Tunisie

Nous avions entendu parler de la mythique Carthage sans vraiment savoir où elle se trouvait. Eh bien, elle est située à deux pas de Tunis. Une région décidément riche en découvertes !

Nous nous attendions à un vaste site archéologique, mais il s’agit en réalité d’une multitude de petites zones entre lesquelles la nouvelle ville de Carthage s’est reconstruite. Comme nous séjournons à proximité, nous décidons de tout explorer à pied. Nous découvrons ainsi :

Des villas romaines aux murs fatigués, mais aux sols remarquablement bien conservés.

Des thermes romains, l’un des sites les plus impressionnants de Carthage. Leur taille était colossale, comparable à celle d’un immeuble de huit étages !

– Une cathédrale de style arabo-chrétien construite sur des ruines romaines, elles-mêmes érigées sur des ruines puniques.

– L’esplanade du musée national de Carthage, actuellement fermé pour rénovation, mais offrant une vue époustouflante sur la ville.

– Un amphithéâtre romain, remarquablement bien conservé.

– Enfin, un port punique qui, sous son apparence de simple lac, était en réalité un chef-d’œuvre d’architecture. Les Carthaginois, se sentant menacés par les Romains, avaient conçu ici un port militaire ultra-secret capable de dissimuler jusqu’à 220 navires sur plusieurs niveaux. Cela n’a pas empêché les Romains de gagner la bataille, mais c’est une autre histoire.

À l’époque, Carthage était devenue si prospère et puissante qu’elle faisait de l’ombre à Rome. Un politicien romain ponctuait chacun de ses discours par le tonitruant « Il faut détruire Carthage »… et ses concitoyens ont fini par l’écouter. Cette visite nous rappelle combien l’histoire méditerranéenne fut intense.